Sur les routes, le cinéma se réinvente
Dans les villages, les salles des fêtes ou les médiathèques, le cinéma itinérant se réinvente. Entre un fourgon qui installe tout le matériel, une soupe partagée après la séance ou une pause sportive entre deux courts métrages, ces initiatives transforment chaque projection en moment de curiosité, de rencontre et de partage. Dans les Hauts-de-France, de nombreuses initiatives montrent que l’itinérance n’est plus seulement un écran : c’est un laboratoire vivant de cinéma et de lien social.
Ciné Pop : la jeune génération sur les routes
Né en 2025, Ciné Pop n’a pas attendu pour prendre la route. À sa tête, Émilien Trgina, à peine trentenaire, incarne une nouvelle génération de circuits itinérants.
Avec son équipe de projectionnistes et de médiateur culturel, le circuit sillonne l’Aisne et la Somme et propose une programmation éclectique : Art et Essai, séances jeune public, rendez-vous thématiques, tout en développant des ateliers ancrés dans les enjeux contemporains : intelligence artificielle, fake news, détournement d’images. Ciné Pop ne se contente pas de projeter des films : il accompagne la lecture critique des images d’aujourd’hui.
« Une séance Ciné Pop, c’est bien plus qu’un film. On devient le rendez-vous du mois. Les gens se retrouvent, discutent ensemble, avec le projectionniste. On rompt l’effet d’isolement. », raconte Émilien.
Crédit photo © Ciné Pop
En 2025, le circuit fédère déjà 31 communes adhérentes, attire plus de 11 400 spectateurs, organise 314 séances, 17 en plein air, programme 180 films et parcourt près de 50 000 kilomètres.
Une énergie nouvelle sur les routes de l’Aisne et la Somme.
Ciné Soupe : le cinéma qui se partage… et se savoure
Depuis plus de vingt ans, Ciné Soupe, émanation de l’association lilloise Les Rencontres Audiovisuelles, mise sur la convivialité et la curiosité. Après chaque projection d’un programme de courts métrages, un bol de soupe préparé par des producteurs locaux est partagé, donnant l’occasion de discuter des films, des messages qu’ils véhiculent, ou simplement de se retrouver.
« C’est une parenthèse de chaleur particulièrement importante par les temps qui courent. Un accès à la culture qui est chouette. Un moment de partage très apprécié des familles ou des séniors, parfois isolés à la campagne », explique Dorine Arnaud, coordinatrice du dispositif.
Crédit photo © Ciné Soupe
Avec près de 44 projections, 2 800 spectateurs, 4 800 élèves et 4 000 km parcourus sur les 5 départements en 2025, Ciné Soupe prouve que le cinéma en itinérance peut éveiller les regards et les imaginaires, y compris dans les villages les plus isolés.
Ciné-Gym : bouger pour mieux regarder
L’atelier Ciné-Gym, développé par l’ARCI-Hauts-de-France avec CinéLigue, cinéma itinérant sur le Nord et Pas-de-Calais, illustre une autre forme de créativité : il combine projection, sport et discussion pour les jeunes publics. Après la séance, une vingtaine de minutes d’exercices chorégraphiés renforcent musculature et coordination, tout en ouvrant la discussion sur les usages des écrans et les images.
Crédit photo © ARCI
L’itinérance se révèle en un terrain d’expérimentation, liant arts, éducation et prévention santé.
Un cinéma en itinérance qui ose et invente
Ciné Pop, Ciné Soupe, Ciné-Gym et bien d’autres initiatives, incarnent des laboratoires de créativité et de lien social pour répondre aux grands défis du cinéma sur les territoires ruraux.
Le cinéma rural n’est pas en marge : il est inventif, curieux et proche des habitants.