Images vérité, vérité des images
Récit d’atelier par Maureen Lepers
Au début du parcours, une question simple a émergé : qu’est-ce qu’une image ? Très vite, les élèves ont proposé des réponses multiples : photographies, dessins, vidéos, images numériques, révélant d’emblée la complexité de cette notion. À l’initiative de l’Acap, j’ai conçu et animé le parcours « Images vérité, vérité des images » au Collège Saint-Paul à Soissons…
Le parcours a pris la forme de quatre séances de trois heures. Chacune était structurée autour d’une question générale, qui faisait écho à la réflexion engagée lors de la séance précédente.
La première séance a porté sur la définition du mot « image », et sur la multiplicité des supports que ce terme peut recouvrir. Nous avons listé tous les types d’images qui venaient à l’esprit des élèves, puis les avons classées en deux groupes : celles conçues par l’homme, et celles conçues par les machines. En nous appuyant sur des extraits de reportages sur la création d’un dessin animé ou sur des images de l’envers d’un tournage de film, nous avons ensuite remis en question cette bipartition : il s’agissait de faire comprendre aux élèves qu’une image est toujours fabriquée, et que ces outils de fabrication sont plus ou moins lisibles comme tels – très lisibles dans le cas d’une image générée par ordinateur, un peu moins dans le cas d’une peinture par exemple.
Cette conclusion nous a permis d’aborder trois nouvelles thématiques lors des deuxième et troisième séances du parcours : d’abord, le rapport de l’image avec le réel (la notion de réalisme) ; ensuite, l’histoire du trucage et la notion de manipulation des images ; enfin, le principe de l’analyse iconographique (de quels outils dispose-t-on pour décrypter une image et comment reconnaître un trucage, notamment en ce qui concerne les images générées par IA ?).
Les exercices ont été variés : discussions et débats autour de questions théoriques, recherches documentaires (par exemple sur la date de la première peinture, de la première photographie ou de la première image de synthèse), et initiation à l’analyse d’images. Ce travail s’appuyait sur l’acquisition d’un vocabulaire de description, la prise en compte du contexte (légende, titre, paratexte), ainsi que la mise en question de l’image : ce que je vois est-il plausible ? Pourquoi ? Quelle est la source de l’image ?
La quatrième séance a prolongé ces réflexions en les appliquant au cas particulier de l’image animée et du cinéma : comment construit-on le sens dans un film, et peut-on le modifier ? Nous avons abordé la question de la mise en scène à travers l’analyse d’un extrait de film, puis nous nous sommes spécifiquement intéressés à trois façons de détourner la signification d’une image animée : par le montage, par les dialogues et par la musique.
Les conclusions et restitutions des ateliers ont été réalisées sans ma présence, en classe de français et en partenariat avec la documentaliste. Les enseignantes ont notamment travaillé à la formalisation d’une exposition à partir des contenus proposés dans le parcours.
La classe a participé avec beaucoup d’entrain à chaque séance, en soulevant des questions pertinentes et en montrant un réel engagement dans les exercices proposés. J’ai veillé à mobiliser un corpus d’images variées, qui a permis à la fois de faire découvrir des tableaux aux élèves – Les Tricheurs (Le Caravage, 1590-1594) ou La Trahison des images (René Magritte, 1929) –, mais surtout de rapprocher les réflexions de leurs pratiques culturelles et d’objets qu’ils étaient susceptibles de connaître – les deepfakes du Pape François en doudoune Balenciaga, notamment.
Malgré ces réussites, pour un autre atelier à venir, j’ajouterai un temps de pratique permettant aux élèves de produire et de manipuler eux-mêmes des images. Ce type d’exercice constituerait un levier supplémentaire d’appropriation.
Cette dimension pourra être intégrée à une séance spécifique, suivie d’un temps de retour critique sur les productions réalisées. Une manière de passer de l’analyse à l’expérimentation, pour mieux comprendre, par l’expérience, ce que les images nous font et ce que nous en faisons.
Vous souhaitez mettre en place ce type d’atelier avec vos élèves, contactez l’équipe pédagogique de l’Acap.