La médiation, les médiations : les multiples réalités d’une même profession
Médiateur, passeur, animateur… Derrière ces appellations se dessinent des activités professionnelles différentes et complémentaires. Pourtant, toutes partagent une même ambition : créer les conditions d’une rencontre entre les œuvres cinématographiques et les publics. Alors que les pratiques culturelles évoluent et que les images occupent une place croissante dans nos vies, comment définir aujourd’hui le rôle de la médiation en salle de cinéma ?
Pourquoi parle-t-on autant de médiation aujourd’hui ?
La médiation est particulièrement mise en lumière ces dernières années, en témoignent les actions d’aide à l’emploi en région, sa professionnalisation au sein des formations universitaires, et le développement de sa mise en réseau régionale et nationale organisée un peu partout en France et en Europe. Ces constats montrent une volonté de valoriser l’activité autant que de la renouveler pour répondre aux nouvelles attentes et contraintes du secteur, son besoin de dynamiser l’expérience de la salle de cinéma et le visionnage collectif d’un film. Dans un contexte de multiplication des supports de diffusion et des pratiques de visionnage, la médiation est amenée à repenser les manières de créer une rencontre durable entre les films et les publics. La médiation ne se limite plus aujourd’hui aux formes traditionnelles de présentation-projection-discussion qui ont longtemps structuré la rencontre avec les œuvres. Elle explore de nouvelles modalités pour diversifier les expériences proposées aux publics. Elle devient un véritable moteur pour reconquérir les publics.
L’évolution du métier vient avec ses défis : comment assumer les multiples missions et responsabilités, d’incarnation de la salle, d’animation de séance, tout en maintenant l’objectif de sensibilisation au cinéma dans sa diversité ? Comment répondre aux attentes du spectateur, à celles du secteur, tout en dépendant de l’actualité cinématographique fluctuante ? Comment s’adapter à l’évolution de ses missions et les nouvelles compétences qui en découlent, en éducation à l’image, en habileté technique… ? Des disciplines qui elles-mêmes ne cessent de changer avec les nouvelles technologies. D’une salle à l’autre, d’un public à l’autre, l’activité de médiation assume une diversité de casquettes et rencontre différentes réalités : quand on parle de la médiation cinéma, parle-t-on tous et toutes de la même chose ? Comment définir l’activité de médiation en salle de cinéma aujourd’hui ?
Un mot, plusieurs réalités
Médiateur culturel, médiateur cinéma, médiateur jeune public, mais aussi animateur, passeur, accompagnateur… La diversité des appellations utilisées pour désigner les professionnels qui accompagnent les publics autour du cinéma témoigne de la richesse des pratiques qui composent aujourd’hui le métier.
Plus qu’une opposition entre différentes fonctions, ces termes révèlent des postures complémentaires.
Par médiateur, on entend la mise en lien entre l’œuvre et le public et un engagement dans la démocratisation de la culture dans sa diversité pour tous et toutes. Dans la base de ses missions, on note la création de ressources, l’organisation de prises de paroles et de discussions, d’ateliers ludiques d’initiation au cinéma, le tout dans une démarche de transmission et de dialogue, soutenu par une expertise culturelle et technique. Son engagement au service de l’œuvre fait écho à l’image du passeur, marquée d’un héritage cinéphile et d’une volonté de dépasser les frontières sociales et géographiques en allant à la rencontre des publics éloignés, en situation de handicap ou en secteurs prioritaires. Le lien avec le public, la connaissance de ce dernier, s’exerce particulièrement dans la posture de l’animateur qu’il endosse lors de ses actions : les quiz, les blinds-tests, les karaokés, les outils ludiques de découverte du pré-cinéma, les ciné-débats, les ciné-philos, jusqu’aux ciné-soupes… Inventif, la posture d’animateur s’adapte à tout, et ramène à l’attention particulière portée sur l’expérience collective.
Ces différentes appellations ne désignent donc pas nécessairement des métiers distincts, mais plutôt des manières d’exercer une même mission : accompagner la rencontre entre les films et les publics. Leur diversité reflète à la fois l’évolution du métier et la multiplicité des compétences mobilisées aujourd’hui par les professionnels de la médiation cinéma.
Créer la rencontre et la renouveler
La rencontre avec le film semble être le mot phare dans la définition de l’activité de médiation, que partage toutes ces définitions : l’action de médiation vise à s’intégrer dans la continuité du visionnage, à mettre des mots, du contexte, entretenir l’expérience du film en salle pour qu’elle se démarque de celle du canapé. Au-delà des problématiques de programmation et d’organisation qui incombent à la profession, la rencontre entre un film et son public n’est jamais vraiment certaine, puisqu’il est impossible d’anticiper exactement comment un film sera reçu tant les facteurs sont multiples. Le rôle du médiateur vise à assurer qu’elle ait lieu dans les meilleures conditions, notamment en apprenant de ses publics et de ses pratiques, et en innovant les siennes. Avec le développement des nouvelles formes de médiation, la transmission se transforme pour valoriser davantage d’horizontalité dans le rapport entre le médiateur et le spectateur, notamment sous la forme de jeux d’inter-connaissances, ou dans la volonté d’intégrer d’autres arts dans les salles de cinéma, comme la danse. L’enjeu dans cette ambition de renouvellement semble être de parvenir à soutenir l’attractivité de la rencontre avec le film sans neutraliser l’expérience du film lui-même.
Quand cette diversité devient un enjeu
De nos jours, le métier rencontre de nouvelles problématiques qui rejoignent celles de l’accès à la culture, de l’éducation à l’image face à la multiplication des productions de contenus, d’images artificielles… La diversité de missions et de définitions de la profession se trouvent au cœur d’un enjeu de défense de l’écosystème cinématographique par sa posture d’incarnation de la salle et d’intermédiaire auprès du public. En tant que spécialistes des publics et des films, la responsabilité des professionnels de la médiation et leurs engagements sont interrogés : faut-il intégrer les pratiques des publics et répondre à ses attentes, pour mieux accompagner et sensibiliser, neutralisant peut-être un héritage de ce qui a formé l’activité d’origine ? La transformation constante de l’activité de médiation, dont témoignent la diversité de ses appellations et de ses compétences, doit de nouveau répondre aux besoins qu’impliquent l’évolution de la culture de l’image : l’expertise cinématographique reste le socle du métier, mais elle s’enrichit désormais de nouvelles compétences liées aux pratiques numériques, à l’éducation aux images et à l’accompagnement des publics. Les nouvelles formes de médiations sont tant de nouvelles façons d’aborder la profession dans ses compétences et ses définitions. En somme le métier de médiateur cinéma s’ajoute de nouvelles casquettes, qui donneront peut-être naissance à de nouvelles définitions de la profession dans les prochaines années.
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