Se rendre au cinéma : ce que révèle l’enquête Cinémas en mouvement
Aller voir un film, c’est bien. S’y rendre sans alourdir son bilan carbone, c’est encore mieux. Le constat était déjà connu depuis l’étude du Shift Project : 85% de l’empreinte carbone d’une salle de cinéma provient des déplacements de son public. Jusqu’à présent, les réalités de terrain liées à ce constat n’avaient jamais été analysées dans le détail. C’est aujourd’hui chose faite.
Après dix semaines de collecte de données dans près de 60% des cinémas des Hauts-de-France, les résultats de ce diagnostic, inédit en France, mené par l’Acap dans le cadre du projet Cinémas en mouvement, ont été dévoilés le 31 mars dernier lors d’un webinaire réunissant près d’une soixantaine de participants venus de toute la France.
Les premiers enseignements : mobilité, choix et accessibilité
Les études, menées par les cabinets Médiamétie et Ekodev, révèlent que la mobilité est l’un des trois facteurs décisifs dans la décision de sortir au cinéma, aux côtés de l’offre de films et de la qualité de l’expérience en salle. La facilité d’accès en voiture arrive juste après la proximité du domicile. Sans surprise, la voiture reste majoritaire. Cependant, selon les zones et les territoires, les comportements diffèrent et ne se limitent pas au simple confort personnel.
L’étude Médiamétrie, basée sur un échantillon représentatif des habitants des Hauts-de-France, offre une photographie large des pratiques cinématographiques.
- 60% des habitants (15–80 ans) se sont rendus au cinéma au cours des 12 derniers mois, soit environ 2,8 millions d’individus.
- 23% viennent très peu au cinéma et 17% jamais, soit 1,8 million de personnes sur près de 6 millions d’habitants.
- Ces publics potentiels sont souvent plus âgés, précaires ou à mobilité réduite, et éloignés des cinémas, faisant de la mobilité un facteur d’exclusion culturelle pour 39% d’entre eux.
Les leviers identifiés
L’étude Ekodev, menée directement auprès des spectateurs en salles, précise les actions à mener selon les typologies de cinémas, de territoires et de publics. La voiture l’emporte par habitude, mais les transports en commun sont presque aussi prisés, notamment pour leur coût.
- 25% des spectateurs sondés, et 37% de ceux venant en voiture, expliquent que leur choix est structurel : absence d’alternatives, peur de l’insécurité à vélo ou manque de transports en commun le soir.
- 42% citent des freins conjoncturels, comme le coût de l’essence ou du stationnement.
- Le temps de trajet moyen pour aller au cinéma est de 16 minutes en zone urbaine contre 21 minutes en zone rurale.
- Le covoiturage informel (entre voisins ou amis) est plus répandu en milieu rural.
L’étude souligne aussi une opportunité : la majorité des spectateurs se disent prêts à changer leurs habitudes.
- 88% jugent positif que leur cinéma s’engage dans une démarche écologique.
- Si le choix idéal de transport était possible, l’usage de la voiture chuterait de 21 points.
- En zone rurale, 27% des automobilistes actuels se déclarent prêts à passer au covoiturage si une application simple leur était proposée.
Une approche territorialisée pour agir
Le diagnostic confirme qu’il n’existe pas de réponse unique : engager la transition vers des mobilités plus durables suppose des stratégies “cousues main”, adaptées aux réalités locales. L’analyse menée par Ekodev identifie ainsi des leviers d’action selon les usages (fréquentation, âge, unité urbaine, typologie d’établissement), en lien avec les exploitants et les collectivités. À chacun, ensuite, de s’en saisir pour définir les actions les plus pertinentes sur son territoire.
Mais cette lecture met aussi en lumière une réalité plus structurelle : environ 17% des habitants des Hauts-de-France ne vont jamais au cinéma. Le frein n’est pas uniquement géographique ; il est aussi économique, lorsque s’additionnent le coût de la place et celui du transport. Toute stratégie de transition doit donc intégrer cette dimension sociale. La mobilité devient ici un facteur d’inégalités, qui éloigne une partie des publics de l’accès à la culture.
Les réponses varient selon les contextes.
Dans les centres urbains et les multiplexes : mieux synchroniser les transports avec les fins de séance, proposer des offres combinées transport + cinéma.
Dans les zones rurales : renforcer l’information, encourager le covoiturage, notamment pour les publics âgés, et maintenir un maillage de salles et de circuits itinérants, sont des préconisations parmi tant d’autres.
Enfin, l’offre elle-même influe sur les mobilités : la diversité des films incite certains spectateurs à allonger leurs trajets.
Ainsi, 70% des 57% de spectateurs fréquentant des mono-écrans déclarent augmenter leur temps de déplacement pour accéder à une offre plus variée.
Dans les multiplexes, 54% des spectateurs changent de cinéma pour bénéficier d’une programmation plus diversifiée.
Mobilité et inclusion culturelle
La mobilité n’est plus un sujet périphérique : elle doit être intégrée au cœur de la stratégie de chaque cinéma, en lien avec les collectivités. Dans les centres-ville urbains, la sensibilité écologique entre dans le « Top 3 » des motivations des publics, rendant le développement d’infrastructures cyclables indispensable. Au cœur des villes et des villages, les cinémas génèrent des flux importants de personnes et participent comme tous commerces à la vie locale et au dynamisme économique. Mais tout plan visant les mobilités douces doit aussi tenir compte du pouvoir d’achat. Le coût cumulé du transport et de la place peut être un frein pour certains publics. Les mesures doivent donc combiner incitations, horaires synchronisés, diversité de programmation et offres adaptées.
La boîte à outils et la formation des professionnels
La boîte à outils, en cours d‘élaboration et annoncée lors du webinaire, permettra aux exploitants de diagnostiquer leur situation et de déterminer les actions adaptées.
- Rendez-vous le 28 avril : présentation détaillée des outils.
- Formations pratiques : 29 mai et 12 juin pour maîtriser leur utilisation.
Ce diagnostic constitue un pas essentiel pour repenser l’accès au cinéma en Hauts-de-France, réduire l’empreinte carbone des spectateurs et favoriser l’inclusion culturelle.
Plus d’infos
Tout savoir sur le projet, découvrir les études ou s’inscrire aux prochains rendez-vous Cinémas en mouvement : cinemasenmouvement.com